Vers un étalon commun pour l’évaluation des projets à impact — L’hypothèse AGILE
Dans le paysage foisonnant de la finance durable — qu’elle soit climat, verte, bleue, sociale, ou qu’elle prenne les formes plus récentes de l’impact investing ou des stratégies ESG — les équipes opérationnelles se retrouvent parfois face à une multiplicité d’outils, de grilles et de cadres d’analyse qui, chacun à leur manière, apportent une vraie valeur, mais demandent également du temps, de la formation, et une forte technicité.
Les porteurs de projets, les analystes, les investisseurs, les administrations publiques et les acteurs de terrain utilisent ainsi des référentiels différents, parfois complémentaires, parfois redondants, souvent ou très souvent, complexes. Cette diversité reflète la richesse des approches, mais elle peut aussi rendre plus laborieux le travail quotidien des équipes, notamment lorsqu’il s’agit de comparer, prioriser ou accompagner des projets concrets.
C’est dans ce contexte qu’une proposition méthodologique appelée Outil AGILE a été formulée. Non pas comme un nouvel outil s’ajoutant aux outils existants, mais comme un étalon commun, simple, rapide d’usage, et conçu pour s’intégrer en douceur dans les pratiques actuelles.
Une hypothèse de départ : et si un langage minimal commun était possible ?
L’idée n’était pas de remplacer quoi que ce soit, ni de créer un nouveau standard supplémentaire.
La réflexion a commencé par une question très simple :
Serait-il possible d’extraire, des très nombreux cadres existants, un socle commun suffisamment léger pour être utilisé en première lecture, sans spécialisation préalable, et suffisamment robuste pour ne jamais contredire les méthodes plus élaborées ?
Ce socle commun serait :
- non technique,
- rapide à renseigner,
- basé sur la perception terrain,
- utilisable dans la préparation d’un projet autant que dans son analyse,
- et surtout compatible avec l’ensemble des grandes familles de référentiels (ESG, Impact Management, SDGs, EU Taxonomy, ICMA, etc.).
L’outil AGILE a été imaginé comme une proposition assertive dans cette direction.
Une structure volontairement très simple
AGILE repose sur cinq grandes familles de questions, directement inspirées des dénominateurs communs retrouvés dans les pratiques de la finance durable, ainsi que dans les approches projets du développement :
- Alignement (avec une mission, un besoin, une intention)
- Gouvernance (clarté, cohérence des responsabilités et des décisions)
- Intention (raison d’être, niveau d’ambition d’impact)
- Leadership (capacité humaine et collective à porter l’action)
- Efficience (adéquation entre ressources, activités et résultats attendus)
Chaque famille comporte cinq questions simples, notées de 1 à 6, ce qui permet de réaliser une première lecture en vingt minutes environ.
Cette première lecture n’a pas vocation à être exacte : elle se propose structurante. Elle sert à donner une image initiale, un point de départ, une sorte de sismographe de cohérence interne.
Correspondance des 5 familles A.G.I.L.E.
| A – Alignement | Human Goals
|
|---|---|
| G – Gouvernance | Fonctions vitales
|
| I – Intention | Hight Impact Criteria
|
| L – Leadership | Scale Potential
|
| E – Efficience | Socle financier simplifié (critères clés)
|
Un fonctionnement par itérations, plutôt que par certification
L’outil aurait été pensé en trois niveaux, non comme un audit mais comme un parcours d’apprentissage :
- Niveau 1 : l’esquisse — Une première lecture spontanée.
- Niveau 2 : l’assessment — La même lecture, mais enrichie par des sources, des données, des comparaisons sectorielles.
- Niveau 3 : l’action — Une feuille de route qui décrit ce qui permettrait de progresser.
Ce système itératif invite la personne ou l’équipe à apprendre sur son propre projet, et non à produire la “bonne note”.
Il cherche moins à juger qu’à clarifier.
Pourquoi cela pourrait fonctionner : quelques principes sous-jacents
1) Un étalon commun ne remplace rien, mais il prépare à toutes les possibilités
L’outil AGILE ne fournit pas un diagnostic final : il prépare le terrain pour les diagnostics plus spécialisés.
Il sert d’entrée en matière, comme un tronc commun avant les branches spécialisées.
2) La perception collective améliore la fiabilité
Parce que les questions sont simples et ouvertes, plusieurs évaluateurs peuvent y répondre.
Les réponses se comparent, se combinent, se renforcent et révèlent les convergences.
Cela facilite une montée en capacité des équipes, tout en respectant la subjectivité nécessaire à l’analyse des soft factors et en permettant en même temps une mesure objective.
3) Un outil léger accélère ce qui est lourd
Les grandes grilles (ESG, SDG, Taxonomy, IRIS+, etc.) exigent des données, de la structuration, parfois des centaines d’heures et souvent, une formation.
L’outil AGILE sert surtout à faire l’état des lieux avant la technicité, pour éviter de mobiliser des ressources sur un projet mal orienté ou mal compris.
4) Une compatibilité naturelle avec tous les référentiels
Les cinq familles de critères ne contredisent ni ne remplacent aucun cadre existant :
l’intention, l’alignement, la gouvernance, l’efficience et le leadership sont présents dans toutes les approches, même lorsqu’ils sont formulés différemment.
C’est cette transversalité qui permet à l’outil de jouer un rôle de passerelle.
5) Une fonction pédagogique assumée
L’outil AGILE serait avant tout un outil de dialogue.
Il aide les équipes à se poser les bonnes questions dans le bon ordre, et à repérer ce qui mérite une attention particulière.
Une méthode sous forme d’invitation
L’outil AGILE n’a donc pas été conçu comme une vérité, ni comme un standard imposé, encore moins comme un Nième outil de plus.
Afin de simplifier la vie à chacun dans son quotidien, et à la communauté dans son travail collectif, il se veut une invitation : ouvrir un espace clair, commun, accessible, mais surtout rapide et simple au quotidien, où chacun — projet, investisseur, entreprise, territoire, fondation — peut commencer à parler la même langue.
Il ne prétend pas simplifier le réel, mais faciliter le premier pas mutuel, celui qui permet ensuite de mobiliser les référentiels, les audits, les analyses et les exigences propres à chaque secteur.
En cela, l’outil AGILE propose autant D’évaluer les projets que de créer les conditions de leur compréhension mutuelle entre toutes les parties.



